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Le cerveau « social »6 min read

On parle de « cerveau social » pour évoquer l’idée que les « comportements » sociaux s’expliquent pour l’essentiel par le fonctionnement cérébral. C’est lui qui nous permet de percevoir l’autre, de le comprendre et de partager avec lui.

Ainsi, différents réseaux neuronaux sont impliqués dans les interactions sociales. Reconnaître un visage, reconnaître une émotion ou percevoir une action, ces 3 tâches « sociales », impliquent des zones différentes du cerveau.

 

Percevoir l’autre

Le visage : dès qu’un visage apparaît dans notre champ de vision, il est détecté de façon automatique en quelques millisecondes. Cette capacité est présente dès la petite enfance et elle se développe jusqu’à l’âge adulte.

Lorsque nous percevons des visages, au niveau cérébral, il est possible d’enregistrer une onde spécifique : l’onde N170. Celle ci reflète l’activation de plusieurs régions cérébrales : le gyrus fusiforme (FG), le sillon temporal supérieur (STS), l’amygdale (AMG) et le cortex préfrontal (vmPFC) voir la cartographie plus haut.

Le niveau d’activité au sein de ce réseau dépend des caractéristiques du visage, de notre familiarité avec la personne et de notre première impression sur cette personne. De plus, certaines parties du visage bénéficient d’un traitement privilégié, notamment la direction du regard qui est capitale dans les interactions sociales. La capacité de notre cerveau à détecter les visages est si forte que nous avons tendance à voir des visages partout, même là où il n’y en n’a pas, par exemple dans les nuages. Et cette illusion d’optique s’appelle la paréidolie !

 

Les émotions : dès l’âge de 7 mois, l’onde N170 est plus ample en réponse à la perception d’une expression émotionnelle que d’une expression neutre. Pour comprendre l’expression émotionnelle d’un visage, notre regard explore d’abord la région des yeux puis descend vers le bas du visage. L’exploration du visage s’arrête lorsque le cerveau a reconnu l’émotion exprimée. Ainsi, en seulement dix millisecondes, nous sommes capables de savoir si le visage est neutre ou s’il exprime une émotion, mais il nous faut 40 à 50 millisecondes pour déterminer la nature de cette émotion.

Lorsque l’on rencontre une personne antipathique, des micro mouvements autour de nos yeux trahissent nos sentiments. En somme, comme un sourire attire le regard (qu’il soit vrai ou faux), il permet dans ces situations de dissimuler nos sentiments en détournant l’attention de la région des yeux. Et nous réalisons cela inconsciemment, on pourrait dire que nos cerveaux communiquent sans nous..

Les actions : le système moteur, composé des cortex pariétal, somatosensoriel et prémoteur, est responsable de la planification et de l’exécution de nos actions. Au cours des interactions sociales, il est capable de prédire les actions des autres individus, tout en préparant les mouvements requis pour leur répondre. Ce mécanisme de prédiction impliquant le sillon temporal supérieur (STS) et une partie du système moteur (les neurones miroirs… on y reviendra) permet de répondre très rapidement et de façon adaptée aux actions des autres !

 

Comprendre l’autre

Comprendre autrui passe tout d’abord par : l’empathie.

L’empathie est la capacité d’une part, à ressentir une émotion en réponse à celle d’une autre personne et, d’autre part, de prendre la perspective de l’autre tout en étant capable de contrôler ses propres émotions. Ces deux composantes impliquent des régions cérébrales distinctes : premièrement, l’amygdale et l’insula (réseau rouge) et deuxièmement, le cortex préfontal dorso-médian, le cortex cingulaire antérieur et le noyau accubens (réseaux violet et jaune). Cette capacité permet de comprendre implicitement les émotions des autres et correspond donc à une source de connaissance de leurs états psychologiques.

Un autre exemple qui traduit une compréhension de l’autre est : la théorie de l’esprit.

La théorie de l’esprit n’est pas une théorie, c’est la capacité à se représenter les croyances, émotions et intentions des autres (états mentaux) et de comprendre que leur comportement est dicté par ce qu’ils croient ou ce qu’ils aiment. La compréhension des états mentaux peut être intuitive et automatique (réseau violet : TPJ et PC). Cependant, dans certaines situations, comprendre l’autre nécessite de raisonner sur ses états mentaux (réseau violet : dmPFC et TP). Cette composante de la théorie de l’esprit est plus lente, mais elle nous permet d’adapter notre comportement social dans des situations complexes.

 

Vivre en groupe

Pour vivre en groupe, nous avons besoin de connaître non seulement notre place au sein de ce groupe, mais aussi les rapports entre les différents membres du groupe. Et de façon étonnante, c’est la région qui nous permet de naviguer dans l’espace (le lobule pariétal inférieur) qui construit une carte mentale de notre espace social.

Aussi, plus notre réseau social, réel ou virtuel, est grand et complexe, plus la densité des connexions de notre amygdale (réseau rouge), région primordiale dans la perception des visages et des émotions, est importante.

Appartenir à un groupe modifie notre façon d’appréhender et d’interagir avec le monde. Par exemple, nous jugeons plus sympathiques, plus compétents et plus attirants, les membres de notre groupe que ceux d’un autre groupe. Des régions impliquées dans la théorie de l’esprit (réseau violet : ACC) participent à ce phénomène. Appartenir à un groupe comporte également un risque : celui d’en être exclu. Les régions cérébrales qui s’activent en cas d’exclusion sociale sont les mêmes que lorsque l’on ressent une douleur physique (réseaux violets et rouges : PFC, ACC, INS) !

 

Partager avec l’autre

Agir ensemble crée du lien social et rend l’autre plus sympathique à nos yeux. Lors de ce phénomène, on observe la libération de neurotransmetteurs comme l’endorphine et l’ocytocine qui jouent un rôle dans l’attachement. Les régions cérébrales impliquées dans les émotions (réseau rouge) et lors de l’obtention d’une récompense (réseau jaune : vmPFC) sont également mises en jeu.

Interagir avec l’autre permet aussi d’apprendre de lui. En activant le système de récompense (réseau jaune), les encouragements nous incitent à persévérer dans la même direction. Nous apprenons également en observant les autres agir. Les régions activées lorsqu’un individu apprend de ses propres actions (réseau jaune :  Str et vmPFC) sont également impliquées dans l’apprentissage par observation. Cet apprentissage social permet la transmission de connaissances et de pratiques culturelles entre les individus…

LES ZONES DU CERVEAU ACTIVÉES FACE À UNE PERSONNE EN COLÈRE

Face à une personne qui exprime une émotion, ici par exemple la colère, notre cerveau va mener différentes actions en parallèle et de façon très rapide, de manière à y apporter une réaction adaptée. Parmi ces actions : reconnaître l’émotion que la personne exprime, deviner ses intentions et préparer une réponse comportementale appropriée à la situation…

Wided

Étudiante en 3ème année de psychologie, j'ai pu acquérir au cours de mon cursus des connaissances très larges dans divers domaines tels que la cognition, la psychologie du développement, les neurosciences ou encore en domaines d'ouverture : l'ergonomie des systèmes homme/machine. ⭐ En parallèle, et à travers de multiples formations, séminaires et lectures personnelles (cf Sources), je m’intéresse de plus près à la programmation informatique, aux développement de l'IA et des applications numériques de nouvelle génération. ⭐ Ainsi, au confluent de tout cela, mes publications concernent les partenariats homme-machine, les neurosciences & la psychologie, ainsi que l'IA (actualités et développements) et répondent aux questions suivantes : Comment le cerveau humain apprend-il ou réapprend-il des connaissances ? Comment interagit-il avec des objets technologiques ou avec d'autres cerveaux ? Je vous souhaite une bonne lecture.

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